Nicolas Dutouron
Pour ceux qui prendront le temps de lire cette section, je salue votre curiosité !
J’ai découvert autour de mes 8 ans un monde assemblé, un monde construit par de petites pièces qui elles-mêmes formaient de plus grandes pièces. Sans prendre le temps, on passe à côté d’un objet sans comprendre comment il est fait. J’ai donc décidé de démonter des objets, cela dit tout à fait naturel dans l’apprentissage d’un enfant.
J’avais la chance de passer mes week-ends dans la benne à l’arrière d’un magasin de bazar. On y trouvait de petites voitures, des lampes, des chaînes hi-fi avec leurs composants électroniques — angoissants — et des jouets brisés que je pouvais finir de casser sans avoir à culpabiliser de ne pas savoir les remonter. Un monde véritablement passionnant qui m’a permis de comprendre que des personnes avaient passé du temps à réfléchir pour assembler toutes ces pièces et n’en faire qu’une.
Avaient-ils été contraints de faire rentrer toutes ces pièces pour enfin profiter de la forme finale, ou était-ce l’inverse ? Fascinant, surtout quand on observe une voiture ou un immeuble après avoir intégré cette perspective. Du temps passé à déconstruire jusqu’à l’adolescence et ses mobylettes custom que je n’ai pas réussi à remonter entièrement.
Puis arrive le jour où j’ai eu besoin d’un bureau pour meubler ma chambre. Un ami bricoleur de la famille me suggère alors de le dessiner sur papier avec quelques mesures ; ensuite il m’aiderait à choisir le bois et enfin à le fabriquer. De quoi ai-je vraiment besoin ? Ranger des classeurs, de petits cahiers, ma trousse et conserver un espace confortable pour travailler, mais il fallait aussi qu’il rentre dans un espace précis et s’accorde au reste de ma chambre.
Mon premier dessin est né. Direction le magasin de bricolage : contreplaqué coupé aux dimensions en comptant les épaisseurs de bois à déduire, vis, colle, baguette d’angle, pâte à bois et vernis. Me voilà en un après-midi avec le meuble assemblé dans mon garage, prêt à être teinté et verni. J’étais comme hypnotisé par l’objet ; je ne me lassais pas de le regarder et de penser à tout ce qui m’avait traversé avant d’en arriver là.
Sans ce filtre du travail accompli, je me serais rendu compte qu’il était vraiment horrible, mais je resterai fier d’avoir fait vivre mon idée. J’ai dessiné et fabriqué beaucoup de choses depuis, mais le travail de déconstruction demeure. Il demeure dans le questionnement du design : s’émanciper des influences et de ses propres pièges créatifs, ne pas chercher à plaire à tous, ni seulement à soi. Faire simple ne l’est pas, mais il y a dans le cheminement imaginaire une part de simplicité poétique qui mérite d’être partagée.